La genèse de mon TDAH

La genèse de mon TDAH

Dans l’article « présentations », je vous parlais de mon SUPER POUVOIR, le TDAH ou Trouble du déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité.

Connaissez-vous l’univers MARVELS, les X-Men ?

A l’instar de Peter Parker (Spiderman) ou encore Bruce Banner (Hulk) pour lesquels leur super-pouvoir est apparu suite à un accident, je suis, pour ma part, né avec. Il faisait donc partie de mon patrimoine génétique.

Tout petit déjà, j’étais « différent ». J’avais un potentiel que les autres n’avaient pas.

Dés la maternelle, j’ai commencé à entrevoir et parfois subir l’étendue de mes « capacités ». Celles-ci m’ont valu un statut très particulier, l’atta-chiant.

Ainsi, deux types majeurs d’interaction avec l’espèce humaine, adultes ou enfants, ont ponctué ma scolarité, et plus généralement, ma vie :

l’acceptation. Même si cela n’était pas toujours simple, j’étais apprécié par certains pour mes bons côtés (mon côté attachant) malgré tout.

– le rejet. D’autres cependant ne pouvaient pas « m’encadrer ». Ils ne voyaient en moi que les mauvais aspects de ma personnalité et les relations étaient légèrement conflictuelles.

Une chose est sure, n’ayant pas été d’un naturel discret dans ma vie, je n’ai jamais vraiment laissé mes interlocuteurs indifférents. Je réclamais même régulièrement l’attention de « mon auditoire ».

Par abus de langage et selon le sens de la phrase, je désignerai par « TDA/H » ou « TDAH :

– soit le Trouble du déficit de l’Attention, avec ou sans Hyperactivité ;

– soit un individu souffrant d’un Trouble du déficit de l’Attention, avec ou sans Hyperactivité ;

Dans un premier temps, je vous détaillerai l’apparition de mon super-pouvoir, le TDAH, pendant mon enfance puis son évolution jusqu’à l’âge adulte. Dans un second temps, j’évoquerai ses manifestations à l’âge adulte.

I. Comment mes « super-compétences » se sont-elles manifestées enfant?

1. Une énergie sans limites !

« J’étais l’heureux titulaire d’un moteur interne équipé d’une batterie sans fin… »

Songez au lapin « DURACEL », incapable de s’arrêter tant qu’il y a de la batterie. Enfant, je ne m’arrêtais jamais… Alors, imaginez un peu le moment de la sieste à la maternelle.

Autant essayer de faire dormir Taz (le diable de Tazmanie) alors qu’il tourbillonne de partout !!!

La sieste a ainsi cristallisé à elle seule mon entente avec le corps enseignant, mais surtout avec la directrice de mon école. Au-delà de ses remontrances quotidiennes, j’ai rapidement appris à connaître l’autorité des adultes sous la forme de punitions, d’humiliations et parfois même de violences physiques.

En effet, mon oreille, plus précisément la base de celle-ci s’en souvient encore. La violente traction vers le haut de madame C. avait littéralement déchiré la base de celle-ci… S’en était suivie une discussion houleuse et mémorable entre ma mère et la directrice…

Cette énergie débordante me permettait, a contrario, d’être également un compagnon de jeu idéal, car j’étais toujours partant pour jouer, jour et nuit…

2. Téléportation attentionnelle

« J’étais le plus facilement ou rapidement distrait partout et par tout »

J’identifiais et localisais le moindre bruit, l’infime mouvement à l’intérieur ou à l’extérieur de la classe. Mon attention se téléportait immédiatement et l’envie de réagir, d’interagir et d’aller voir cela de plus près était à son paroxysme. Je me voyais tel un explorateur en quête permanente de nouvelles découvertes, de nouvelles aventures.

Inutile de vous dire que de nombreux cours subissaient cette magie. Les instructions des professeurs s’évanouissaient régulièrement au profit de sollicitations bien plus intéressantes.

« Je me retrouvais, malgré moi, dans la lune en un instant »

Comme vous pouvez vous en douter, mes pensées m’absorbaient tellement que je n’étais plus présent que physiquement. J’avais énormément de pensées qui se bousculaient, se chevauchaient, s’associaient, se séparaient ou encore s’affrontaient. J’adorais créer des objets, des histoires, des jeux auxquels personne n’avait pensé auparavant. Cette capacité à avoir un nombre incalculable d’idées était inestimable. Je voulais, comme beaucoup d’enfants, être inventeur !

3. Des aptitudes décuplées à certains moments

« Un super-caméléon »

Tel le Dr Cal Lightman dans « Lie to me », j’excellais dans l’observation de mes semblables, adultes ou enfants, tout particulièrement pour décrypter leurs expressions faciales et leurs attitudes de mes interlocuteurs.

Hanté en quasi-permanence par une faible estime personnelle, j’ai ainsi développé mes capacités d’adaptation.

Le but ?

Assouvir ce besoin de me « sentir aimé », nourri, comblé par le reflet de mon image dans les yeux de mes interlocuteurs.

Ainsi, en fonction de la situation et des humains présents, tel un caméléon, j’adaptais mon costume, mon comportement. Enfant, cela me permettait d’être à la fois :

– l’agitateur, le perturbateur ou encore le clown de la classe : « Un bon fond, mais alors que dire de la forme…mutante »

– le bon élève qui agace par son manque de travail, d’implication : « De grandes capacités, mais si souvent oubliées »

– la victime incapable d’elle pour répondre.

– le bourreau lorsque la situation devenait trop injuste pour les autres ou moi-même.

« Mayday, Mayday, il n’y a plus de pilote dans l’avion !!! »

Bien que tributaire de cette faible estime de moi-même et guidé par ce besoin d’être aimé, le choix du personnage présentait souvent quelques limites.

En effet, parfois la situation m’échappait… Les raisons pouvaient être nombreuses, mais le dénominateur commun à celles-ci était une difficulté de gestion de mes émotions. Un excédent ressenti dans la joie, la tristesse, la peur ou encore la colère m’ôtait tout contrôle de la situation, mon contrôle…Plus personne n’était aux commandes, j’étais “hors de moi”.

Dans ces situations, l’issue était souvent indécise, compliquée et parfois même rocambolesque. Pourtant, les nombreuses anecdotes qui ont jalonné mon existence ont un point commun lorsque la situation m’échappe : une culpabilité insoutenable à la fin de l’orage.

Comme l’évoquaient Socrate, Montesquieu ou encore Machiavel, un « grand pouvoir implique de grandes responsabilités » et j’ai souvent failli le payer au prix fort.

Certains de mes copains avaient aussi d’autres super-pouvoirs. Je n’arrivais pas à en déceler le secret, mais je sentais qu’eux aussi étaient différents. Comme moi, ils avaient leur propre différence qu’ils tentaient, tant bien que mal, de dissimuler.

Un de mes meilleurs amis allait chez l’orthophoniste pour apprendre à parler, me disait-il, un autre chez le psychiatre ou le psychologue parce que sa tête n’allait pas très bien depuis que ses parents, eux aussi, avaient divorcé…

Enfant, les grandes personnes me voyaient tel un enfant très actif, trop actif. Le terme hyperactif n’était pas encore connu chez moi, à Annecy. Néanmoins, les superlatifs me décrivant tel « l’excité » ne laissaient pas de place au doute.

Puis j’ai grandi, évolué et me suis adapté…

Aujourd’hui, je me rends compte que ces différences, finalement, caractérisaient chacun d’entre nous :

« exité / garçon manqué / bigleu(se) / bègue / bourgeois / arabe, rital, gitan… »

II. Adulte, comment mes « super-aptitudes » ont-elles évoluées?

1. Définir le passage à « l’âge adulte » m’est impossible.

Je me suis toujours senti comme Peter Pan, le personnage de Disney.Je ne m’identifie pas à lui pour l’image légèrement naïve de cet enfant léger, insouciant et rieur, mais pour la complexité et la profondeur de son personnage.

Pourquoi ?

Parce que je suis envahi par des peurs issues de scénarios aussi divers que variés. Mon cerveau a d’ailleurs toujours eu la faculté de puiser la substance des scripts dans ma vie quotidienne.

Contrairement à Peter Pan, ma mère ne m’a pas abandonné. Toutefois, j’ai dû affronter le divorce de mes parents. Abandonner la vie avec un papa et une maman constituait donc malheureusement le premier deuil auquel j’avais à faire face.

Cette séparation fut évidemment ma première vraie grande tristesse, incommensurable. Je commençais ma métamorphose d’enfant insouciant aux problématiques essentiellement infantiles telles que jouer et encore jouer à autre chose.

J’avais désormais en moi une blessure, que je pensais inguérissable. Elle ne me définissait pas, mais faisait désormais partie intégrante de moi. Les raisons de cette scission familiale me dépassaient, mais parfois je me sentais responsable…Comme dans « la guerre des boutons », je n’étais, pour la première fois de ma vie, pas comme les autres. J’étais à présent dans le camp des divorcés.

Fréquemment, pour fuir cette réalité inacceptable pour un enfant, je m’évadais loin, très loin… J’éprouvais alors le besoin de me réfugier dans un mode imaginaire, tel Peter Pan, lorsque grandir devenait trop difficile à vivre.

Selon Victor Hugo, « Avant de s’agrandir au-dehors, il faut s’affermir au-dedans ». Aujourd’hui, l’angoisse de grandir ne m‘habite plus.

Toutefois, à l’image des personnages de ce dessin animé, ma notion du temps s’apparente à celui du pays imaginaire. Parfois, un temps éternel s’installe, celui de l’enfance…

Je suis donc incapable de répondre à cette question : « À quel âge es-tu devenu adulte ? ». Si vous me le demandez, je vous répondrai assurément : « jamais ! ».

2. Acquisition / gain de points d’expériences (XP) pendant des années

Imaginez que vous êtes le héros d’un jeu vidéo ou d’un jeu de rôle. Un de vos objectifs est donc de voir évoluer, progresser votre personnage au cours de son existence. Pour se faire, vous gagnez des XP acquis grâce aux eXPériences vécues.

À vos caractéristiques propres, les apprentissages et les expériences de la vie sont essentiels. Ils façonnent non seulement votre personnalité, mais également votre aptitude à maîtriser vos super-pouvoirs !

XP – POINTS DE VIE / CONSTITUTION / FORCE

« Tel un cavalier, j’ai appris que ménager ma monture était vitale »

Mon énergie débordante, sans fin, ne m’a jamais quitté. J’ai toujours fait du sport, beaucoup de sport, voire beaucoup trop. Cette propension à la pratique sportive légèrement abusive a fait de moi un homme robuste.

Pour autant, j’ai souvent et inutilement malmené « ma monture » sans même réellement en avoir conscience.

Apprendre à maîtriser cette énergie, son utilisation s’est avéré être un défi primordial, voire vital, autant pour ma santé physique que mentale.Toutefois, cet apprentissage fut complexe, long et souvent douloureux avec notamment des passages très réguliers par la case-HÔPITAL.

Aujourd’hui encore, à 41 ans, je me sens toujours animé par cette énergie qui est clairement une force inestimable !

Toutefois, pour en arriver là, j’ai expérimenté énormément de techniques, de disciplines ou encore de routines. J’aurais ,à ce titre, l’occasion de vous transmettre ultérieurement la synthèse mes propres « trucs et astuces ».

XP – CARACTÉRISTIQUES SPÉCIFIQUES ATTENTIONNELLES
« Je voyage toujours dans l’espace, malgré moi, mais j’ai pris les commandes de la fusée »

Ces « voyages ailleurs »,malgré moi, sont devenus beaucoup moins nombreux au fil du temps. Ils surviennent encore parfois lorsque la situation n’engendre pas assez de plaisir :

– une réunion de travail sur un sujet qui ne me concerne absolument pas ;

– une comédie romantique choisie par ma femme, à part quelques exceptions ;

A contrario, captivée, mon attention est focalisée dans le moment présent :

– pratiques sportives,

– jeux vidéos,

– films ou série passionnante

– bricolage, jardinage ou encore construction.

Je suis alors capable non seulement de rester concentré pendant des heures, mais également d’être très productif !

« Comment expliquer ce « grand-écart » de l’attention ? »

Pour répondre à cette question, je souhaiterais introduire la notion de circuit de la récompense.

3. Le circuit de la récompense

À l’origine, ce mécanisme est présent chez la plupart des vertébrés, du poisson à l’humain. Il s’est d’ailleurs avéré essentiel à la survie et l’évolution de l’espèce humaine. Lorsqu’il est stimulé, il se met à apprendre et à assimiler de nouveaux fonctionnements. Par exemple, se souvenir où se trouve un point d’eau, un lieu de chasse ou encore la localisation de fruits abondants…

Je pourrais vous parler de Pavlov, médecin-physiologiste russe qui montra que s’il habituait son chien à accompagner sa nourriture d’un signal sonore (ici, son de cloche), il était possible, par les répétitions, de le faire saliver sans lui présenter de nourriture.

Mais, il est inutile d’aller si loin dans l’évolution ou dans les expériences scientifiques pour comprendre comment fonctionne le circuit de la récompense. Regardez ces enfants qui évoluent avec des parents hyperconnectés (téléphone, ordinateurs, tablettes…). Je suis sûr que vous en connaissez un qui vous a stupéfait par sa dextérité alors qu’il n’a même pas encore l’âge de lire.

Mon fils de 6 ans, par exemple, maîtrise Mario Kart comme un chef, le rêve pour un “gamer” comme moi soit dit en passant.

Dès lors qu’ils éprouvent du plaisir en réalisant une tâche, complexe ou non, les enfants, mais également les plus grands enfants ou adultes sont dans les conditions optimales pour apprendre.

Inversement, les expériences négatives engendrent l’effet inverse. En effet, l’absence de plaisir lors de la pratique d’une activité ne donne aucune envie de renouveler l’expérience. Imaginez-vous une chute douloureuse dès que vous chevauchez votre vélo. À chaque nouvel essai, la peur et le manque d’envie sont de plus en plus fort jusqu’au jour ou vous n’oserez plus monter sur votre vélo.

Lors de ma scolarité par exemple, j’excellais dans les matières enseignées par des enseignants que j’appréciais. Inversement, j’étais tout simplement incapable d’apprendre la matière des profs avec qui le courant passait mal.

Évidemment, chaque année le corps enseignant avait son lot de surprises. Comme vous pouvez vous l’imaginer, la fluctuation singulière de mes résultats d’une année sur l’autre rendait fous mes parents.

« Vieillir est obligatoire, mais grandir est un choix.  »

J’adore cette citation, car elle peut s’appliquer à chacun d’entre nous. Toutefois, que ce soit le TDAH ou une autre spécificité de vos super-pouvoirs, nous subissons le vieillissement, l’avancée de l’âge, alors que grandir implique une évolution.

III. Pour conclure

Dans l’article « présentations », j’évoquais l’identification, à l’âge de 32 ans, de ma différence, de mon super pouvoir : le TDAH.

Comme tout super pouvoir, l’appréhension de celui-ci m’a permis d’entreprendre une longue et indispensable quête de savoir, de maîtrise et de reconnaissance.

Jadis un enfant différent, et désormais un adulte atypique, les expériences passées ont façonné cette évolution vers la personne qui s’adresse à vous aujourd’hui.

Comment ?

Au travers des recherches, des lectures ou encore des contacts fréquents avec des experts médicaux, j’ai entrepris ce long chemin de vie salvateur et reste animé par cette soif d’en connaître toujours plus.

Pour vous, qu’en est-il ?

Vous sentez-vous différent des autres personnes, par votre comportement ou encore votre mode de fonctionnement, votre mode de vie? Les « gens » vous ont-ils déjà dit que vous étiez différent ?

Peut-être n’en avez-vous pas réellement conscience, ou êtes-vous tout simplement en train de le découvrir ?

Pour cela, il est absolument nécessaire :

– de prendre un peu de recul sur votre vie

– observer et tenter d’analyser votre mode de fonctionnement au quotidien.

“Il est mignon lui”, me direz-vous…mais comment savoir si, moi aussi, j’ai un TDAH ?

Avant d’être en mesure de répondre à cette question, laissez-moi vous dévoiler ce qu’est le TDAH (en cours de rédaction!).

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6 réflexions sur « La genèse de mon TDAH »

  1. Merci pour cet article où tu sembles pas mal te dévoiler… Très courageux et honnête de ta part ! Et les références Marvel et X-Men ne gâchent rien pour illustrer tes propos 😉😉

    1. Merci beaucoup Nicolas pour ton message qui comme celui de Valentine, me conforte dans mon choix d’approche “blogistique”. J’ai souhaité être le plus honnête possible et que ce blog soit positif tout en apportant une plus-value aux personnes qui le consulte!
      A très bientôt!

  2. Bravo pour ce portrait plein d’humour. L’univers des supers héros est une belle manière de présenter ta différence et tu as raison de la voir comme une somme de pouvoirs à apprivoiser 🙂

    1. Merci beaucoup Valentine pour ton message qui reflète exactement l’approche que j ai de ma différence 🙂
      À très bientôt 😀

    1. Coucou, je suis réellement ravi de te lire car ma vie est effectivement assez drôle, voir très drôle de l’extérieur !! A l’intérieur, ce fut parfois plus complexe mais avec le recul, cela fait un paquet d’anecdotes rigolotes à raconter 😂!
      À bientôt et merci encore pour le temps que tu as pris pour me lire !
      À très bientôt !

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